Sociéte - Union des Sourds et des Malentendants du Bas-Rhin

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Sociéte

Pour Audrey Lessard et Patricia Béland, la vie va de pair. L'une pratique son métier de podiatre, l'autre, son métier d'interprète. Et entre les deux, il y a les patients...
( Le Soleil, Laetitia Deconinck )


(Québec) Derrière son joli minois et son air de finissante de cégep, Audrey Lessard cache une volonté de fer. Après tout, devenir la première docteure en médecine podiatrique au Canada demandait un certain culot...

La médecine podiatrique a beaucoup évolué depuis la création d'un programme de doctorat en 2004 à Trois-Rivières. Ils ne sont présentement que 72 diplômés au Québec. La pratique de ces nouveaux professionnels, qui font deux ans de médecine générale avant de se spécialiser, dépasse largement les soins des pieds et la fabrication d'orthèses. Ils traitent les diverses affections touchant le pied et la cheville, et font des chirurgies.

«Huit personnes sur 10 présenteront un problème aux membres inférieurs au moins une fois dans leur vie, et le pied est la partie la plus négligée du corps humain», remarque la jeune femme.

Mais à travers ce métier, c'est le désir d'aider les gens qui pousse Audrey.

«Devenir docteure, c'était mon Everest, avec ses tempêtes de neige, ses blizzards, ses hypothermies», dit-elle avec un petit rire silencieux.

Maintenant que c'est chose faite, elle caresse un autre rêve avec son interprète Patricia, celui d'aller faire des missions humanitaires de deux ou trois semaines. «J'aime beaucoup le bénévolat», dit celle qui s'est impliquée dans des associations pour personnes sourdes alors qu'elle était plus jeune. Son stage dans des hôpitaux de New York l'a aussi mise en contact avec la misère, l'itinérance. La petite fille de Thetford Mines en a retiré des connaissances humaines et cliniques qu'elle souhaite maintenant mettre au service des plus démunis.

Le scepticisme

Au long de son parcours, Audrey a pourtant rencontré beaucoup d'incrédulité. Ses parents mis à part, «je peux compter sur les doigts de la main ceux qui croyaient en moi».

Même à l'université, plusieurs de ses professeurs doutaient de sa capacité à établir une relation avec les patients. Pourtant, on a pu constater de visu, grâce à la gentillesse de l'un d'eux qui a bien voulu prêter son pied pour la photo (!), que l'équipe Audrey-Patricia établissait très bien ce contact, et qu'aucun malaise ne flottait dans le bureau d'examen!

«Il y a beaucoup de préjugés envers les personnes sourdes», croit Audrey. L'idée qu'elles cherchent à s'isoler, ou veulent fréquenter seulement d'autres sourds, est à son avis bien tenace.

Pendant son enfance à Thetford Mines, lorsque la classe spéciale qui accueillait tous les jeunes enfants handicapés a fermé, la commission scolaire a recommandé à ses parents de la diriger vers une école spécialisée de Québec ou de Montréal. «Jamais», ont-ils réagi. Si bien que la fillette qui était alors en troisième année s'est retrouvée en classe ordinaire, avec une interprète. Qui sait à quel point sa vie aurait pu évoluer différemment à ce moment?

Par la suite, la seule incartade à sa scolarisation ordinaire aura été au moment où elle a reçu un implant cochléaire, à l'âge de neuf ans. Pendant un an, l'enfant est demeurée à Québec pour son adaptation, sa mère près d'elle.

Mais l'implant n'a pas survécu à la vie en société : «La chasse d'eau était comme un tonnerre!» dit-elle en se prenant les oreilles. Et lorsqu'un hélicoptère est passé dans le ciel au-dessus d'elle, elle a arraché son appareil. Son cerveau était décidément trop vieux pour s'adapter.

Mais l'expérience n'aura pas été inutile puisque c'est son souvenir qui lui rend aujourd'hui le silence si doux...

Il est possible de joindre Dre Lessard à l'adresse : drelessard@gmail.com

Elle est médecin pour les personnes sourdes
Bretagne - 15 Avril 2014

Difficile de trouver un praticien en Bretagne qui exerce en langue des signes. Une unité régionale pour sourds et malentendants existe à Rennes depuis 2003. Depuis peu, le médecin se rend aussi à Brest et Saint-Brieuc.

Isabelle Ridoux est médecin, mais ses patients ne l'entendent pas. Depuis 2003, elle travaille auprès des sourds et malentendants. Au CHU Pontchaillou de Rennes, elle dirige une unité d'accueil et de soins qui leur est dédiée. Alors c'est avec ses mains, ses expressions qu'elle communique :
« C'est devenu un automatisme, je n'y fais même plus attention. »

La langue des signes, elle l'a découverte en 1993 :
« On nous avait proposé des formations en langues étrangères. Il y avait la langue des signes, je me suis dit pourquoi pas. » Elle découvre les problèmes des sourds, et « ils ne m'ont plus lâché. Je me suis rendu compte que les personnes sourdes étaient davantage vulnérables car elles n'avaient pas accès à toutes les informations ».

80 % des personnes sourdes ont des difficultés de compréhension de l'écrit.
« Aller chez le dentiste ou le gynécologue une fois par an, savoir que les antibiotiques ne sont pas automatiques, ce sont des conseils de santé qui sont familiers aux entendants. Ce n'est pas le cas chez les personnes sourdes. »

8 500 sourds en Bretagne

Ce constat l'interroge. Il faudra cinq ans de réflexion et de travail pour qu'une unité régionale dédiée voit le jour au sein du CHU de Rennes.

Aux côtés de la praticienne, une conseillère en économie sociale et familiale, une psychologue, une secrétaire et une aide soignante.
« Toute l'équipe s'exprime en langue des signes, la plupart sont sourds. Cela permet aux patients d'échanger sans effort et surtout de se faire comprendre. »

Mais Isabelle n'a pas vocation à devenir le médecin généraliste des 8 500 sourds de Bretagne : « j'interviens plutôt en complément des médecins traitants. Car les patients ont parfois des difficultés à communiquer sur un sujet précis avec leur médecin. On vient nous voir pour une expertise technique. » Ce qu'on appelle des consultations avancées.

L'objectif est de leur faciliter la vie. Et pour y arriver, Isabelle Ridoux s'est aussi mise au dessin !
« Pour que le patient explique où il a mal, j'utilise le dessin d'un corps et il faut faire une croix », précise-t-elle. Les ordonnances sont rédigées avec des pictogrammes, « notamment des horloges vides, pour indiquer les heures de prise des médicaments ». Quant aux rendez-vous, ils se prennent par SMS ou par mail.

« En onze ans, on voit un réel mieux, note Isabelle Ridoux. Les personnes sourdes et malentendantes nous connaissent.» Et elle les connaît aussi. Dans son bureau s'affichent des photos de nouveau-nés. Ceux des grossesses qu'elle a suivies : « C'est une belle aventure. »

Clémence OLIVIER
http://www.ouest-france.fr

Alsace : 15000 personnes Sourdes dont 9000 Sourds du Bas-Rhin

 
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