Surdité - Union des Sourds et des Malentendants du Bas-Rhin

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Surdité

" Enfants Sourds, quand l'école s'adapte...( auteur : Le Monde ) "

Interdite pendant un siècle, la langue des signes a été reconnue en France en 2005. Mais c'est seulement à partir de 2008 qu'elle fait son entrée dans l'enseignement primaire. REPORTAGE dans une classe bilingue à Rennes


RENNES (AFP) -

Des tables, des chaises, un tableau blanc, des pots de crayons de couleur, des élèves: à première vue, rien ne distingue des autres la classe de "CP-CE1 LSF" de l'école Châteaugiron-Landry à Rennes. Hormis le silence.

Et, au mur, une affiche représentant l'alphabet en langue des signes française (LSF), destinée aux élèves sourds de cette section bilingue, unique en Bretagne.

Coups de coude, tortillements et gigotements quelques minutes avant la récré? Aidés de leur enseignant sourd, souvent accroupi à leur hauteur, qui échange avec eux des signes fluides et rapides, trois jeunes élèves localisent et écrivent sur leur carte de la Terre ses deux hémisphères et l'équateur.

C'est un petit groupe de parents qui a réclamé l'ouverture de cette classe, dans la foulée de la loi du 11 février 2005 permettant aux parents d'enfants sourds de les scolariser, au choix, en parcours ordinaire ou bilingue "langue des signes française/français écrit".

Elle a accueilli ses premiers élèves en 2012, malgré des difficultés liées au manque d'enseignants sourds ou maîtrisant la langue des signes, bannie de l'enseignement pendant près d'un siècle entre 1880 et les années 1980.

Pilotée par Kerveiza, une institution d'accompagnement d'enfants sourds, en partenariat avec la ville de Rennes et l?Éducation nationale, elle scolarise une petite dizaine d'élèves, répartis entre la maternelle et le CP-CE1, tous nés de parents sourds.

Grâce à ce parcours bilingue, choisi majoritairement par les parents sourds, la scolarité de leurs enfants est à mille lieues de ce que la plupart ont connu dans leur enfance: "j'étais en classe d'intégration, noyée, je ne pouvais pas communiquer, je criais, j'étais stressée, nerveuse", se souvient Stéphanie Crozat, née de parents entendants et qui a choisi la classe bilingue pour "l'épanouissement" de ses enfants.

"Je naviguais entre les deux mondes, je ne trouvais pas ma place", renchérit une autre mère d'élèves, Jessica Jouanneau. "Ici, les enfants sont autonomes. Il n'y a pas d'accompagnement spécifique, mais un dialogue plus direct avec le professeur, c'est mieux".

- études supérieures -

Ouverte sur les classes d'élèves entendants, notamment au travers d'ateliers communs, la classe bilingue fait la part belle au numérique et à la vidéo, "primordiale" dans l'enseignement d'une langue gestuelle, où le moindre mouvement fait sens, selon l'enseignant d'élémentaire, Maxime Bouhours.

Pour ces élèves dont la LSF est la langue maternelle, l'enjeu de ce parcours est de taille, car l'enseignement de, et en, langue des signes leur offre un "modèle linguistique de qualité leur permettant par la suite d'entrer dans la langue française écrite", explique Xavier Debroise, chef de service de Kerveiza.

A la clé : l'accès aux études supérieures, qui reste un parcours du combattant pour les personnes sourdes, victimes d'un taux d'illettrisme important.

"On a fait le choix de cette classe bilingue pour que l'avenir de nos enfants soit aussi radieux que pour les entendants, qu'ils puissent acquérir des connaissances pour avoir une scolarisation normale, accéder à un niveau supérieur, voire l'université", témoigne Stéphanie Crozat, mère de deux enfants scolarisés dans cette section.

L'enseignant offre aussi aux enfants un "modèle" adulte : "ils peuvent se dire : voilà, quand je serai grand je serai peut-être sourd mais je pourrai être aussi enseignant, ils ont l'image d'un adulte sourd avec une certaine position", souligne Xavier Debroise.

Si la loi de 2005 donne aux parents le choix du parcours scolaire de leur enfant, "le dialogue a été difficile" avec l'académie pour l'instaurer, affirme Stéphanie Crozat. "On savait qu'ils faisaient des efforts mais c'était difficile, on ne pouvait pas mettre ça en place d'un coup de baguette magique", d'autant qu'au début "il n'y avait pas de professeurs sourds enseignant la langue des signes".

Le capes de LSF a été instauré en 2010 et il n'existe pas de spécialité LSF au concours de professeur des écoles.

"Depuis la loi de 2005, l'évolution est très lente, c'est à nous de pousser pour que les gens se réveillent et pour montrer que ça fonctionne??", reconnaît Jessica Jouanneau.
Par Anne MEYER

© 2015 AFP


* * Je suis Sourd, et je le vis bien — Témoignage **

Ce lecteur de madmoiZelle est Sourd depuis toujours, et pourtant il ne voudrait entendre pour rien au monde. Car la Surdité, c’est aussi toute une Culture.

Je suis sourd de naissance, mais jamais je ne voudrais avoir une audition normale.

Les conséquences d’une perte auditive sont loin d’être anodines, et les difficultés sont multiples, mais il ne faut pas oublier que la surdité ne se limite pas seulement à une pathologie : c’est aussi une culture !

Sourd, Sourd, Malentendant ?

Dans la littérature, la surdité se présente sous différentes appellations : sourd, devenu-sourd, Sourd, malentendant… Chacune a sa particularité.

D’un point de vue purement scientifique, la différence entre les mots « sourd » et « malentendant » se mesure essentiellement aux différents degrés de gravité de la perte d’ouïe : on dit qu’une personne est malentendante dans les cas de surdité légère ou moyenne, et qu’elle est sourde dans les cas de surdité sévère ou profonde.

Mais ce sont des généralités ; la frontière entre les deux mots demeure subjective. En réalité, il existe plusieurs typologies de surdités :

   Les devenus sourds : ils ont perdu l’ouïe à la suite d’un accident. La surdité varie selon l’âge, surtout quand elle survient lors des périodes de développement du langage.
   Les sourds de naissance, pour lesquels l’apprentissage de la parole est parfois plus difficile.

Certains sourds/malentendants ont des difficultés à oraliser, et d’autres pas du tout ; certains sourds/malentendants pratiquent la langue des signes, alors que d’autres non — et cela n’a pas forcément de rapport avec le degré de leur surdité.
Malentendant : l’ère du politiquement correct

D’un point de vue audiométrique, je suis sourd profond mais on me considère, à mon grand regret, comme malentendant. Ce mot est progressivement passé dans le langage courant du fait des progrès de la médecine et des technologies. Il symbolise bien le regard de la société vis-à-­vis du handicap.

Léon Schwartzenberg, dans son essai intitulé Face à la détresse, explique cette obsession du « politiquement correct » :

   « Le langage aussi peut être sécurisant, voire sécuritaire : on croit alléger la dureté des mots en les compliquant. Sourd, aveugles, vieillards, malades mentaux, on a honte de parler de vous : des malentendants aux hospitalisés spéciaux en passant par les non-­voyants et les seniors, on va en arriver à parler des personnes mortes comme de non-­vivants ! »

Comme certains Sourds, je refuse catégoriquement cet euphémisme : je revendique ma condition de Sourd ! La majuscule est là pour montrer que j’accepte ma surdité.

Le mythe de celui qui n’entend rien

Imaginez-vous, dans votre lit (ou tout autre endroit qui vous sied), n’entendant… rien. « C’est horrible », disent souvent mes amis avec un regard horrifié. Mais il faut arrêter de stigmatiser la surdité : la perte auditive entraîne bien des difficultés, mais ne nous coupe pas autant du monde !

Et puis elle a ses avantages : si je veux dormir tranquillou sans être perturbé par les voisins, je ferme mes appareils auditifs — la classe ! Par contre, s’il y a une alarme incendie la nuit, c’est moins classe… Ça m’est arrivé, et ce n’était pas franchement sympa.

Parlons justement de ces appareils primordiaux qui nous permettent d’entendre des sons. On en distingue deux types :

   Les appareils auditifs : ne nécessitant pas d’opération, ils permettent d’amplifier le son, mais ont leurs limites. Par exemple, si je sais quand une personne parle (j’entends sa voix), je ne comprends pas forcément les paroles (comme si on entendait une langue étrangère). Entendre sans comprendre, ce n’est pas très utile.
   Les implants cochléaires : il s’agit d’une version « améliorée » de l’appareil auditif, qui se pose pendant une opération.

Cependant, même l’implant cochléaire ne permet pas de réparer certaines des conséquences de la surdité, comme…

   La perte de spatialisation ou la confusion des sources sonores : il est impossible de déterminer l’origine des sons.
   Le syndrome du banquet : l’appareil auditif ne permet pas de filtrer un son parmi d’autres. Par exemple, dans les bars, il est difficile de distinguer la voix de son interlocuteur des bruits parasites comme la foule, la musique, les bruits dans la rue…

En l’absence de filtrage, les Sourds ont parfois du mal à tolérer ce surplus de bruits mécaniques et parfois inaudibles. Beaucoup de personnes sont atteintes d’acouphènes et d’hyperacousie. C’est l’une des raisons pour lesquelles certains Sourds rejettent les appareils auditifs.

Par ailleurs, pour compenser ces pertes, les Sourds utilisent la lecture labiale. Cette dernière nous permet de comprendre 30 à 50% des mots en fonction du contexte, un pourcentage qui augmente si l’interlocuteur parle doucement et articule.

Quand les autres te rendent Sourd

Durant toute mon enfance, dans ma famille, je ne me suis jamais senti handicapé. Ma tribu comprenait des sourds comme des entendants. Ils faisaient des efforts pour articuler, et certains pratiquaient la langue des signes.

En raison de mes résultats scolaires et de ma personnalité, je n’ai passé que quatre ans dans un milieu scolaire spécialisé. Les cours étaient faits pour les sourds, et se déroulaient en petit comité dans des classes comptant entre six et huit élèves. Chaque élève devait aussi suivre des séances d’orthophonie.

On nous a appris à parler grâce à la vue et au toucher. De nombreuses techniques permettent de s’appuyer sur ces deux sens : des casques permettent ainsi de récupérer certains sons (notamment les sons graves), on touche notre propre gorge pour « sentir » les sons comme le R, et on se sert d’un miroir pour émettre le son « s »…

Puis en CE2, j’ai été « intégré » dans une classe normale. C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à comprendre ma différence. Les gens me faisaient des remarques quand je criais trop fort. En CM2, on m’a interdit de signer (parler la langue des signes) avec une amie sourde qui était venue me rejoindre dans ma classe entendante — d’ailleurs, aujourd’hui les gens me regardent toujours bizarrement quand je signe avec des amis.

À partir du collège, il m’était difficile de suivre en cours : il fallait prendre des notes en lisant sur les lèvres du prof et en suivant ses déplacements, tout en lisant le tableau et en réfléchissant à ce qui était dit. J’étais parfois frustré.

C’est aussi difficile quand je ne comprends pas les discussions et les blagues lors des soirées étudiantes. Mes amis entendants ont toujours fait des efforts, mais cela reste problématique : en général ils me donnent juste des résumés ou me disent qu’il n’y a « rien d’important ».

La culture Sourde : vivre autrement

À ce monde parfois frustrant s’oppose celui de la communauté sourde. Il s’agit d’une communauté fondée sur la langue des signes française (et non internationale), qui correspond à une véritable culture fondée sur le visuel.

Par exemple, on ressent le rythme de la musique grâce aux vibrations. Certes, on ne comprend pas toujours les paroles des chansons, mais bon, soyons sérieux, qui a attendu de comprendre Gangnam Style pour commencer à danser dessus ?

Nous avons notre propre danse, notre propre musique, et nos propres représentations filmiques et théâtrales, comme en témoigne ce clip : http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=AZF0vZS8kKE

Nous avons notre propre humour, notre propre manière de dire « Bon appétit ! » en tapant du poing sur la table, notre propre manière d’applaudir…

Le concept de « dialogue de sourds » me fait rire, car les sourds sont très bavards. Ils communiquent très souvent entre eux, sans aucun souci. La langue des signes permet aux sourds de s’épanouir pleinement.

Alors, où se trouve le handicap ? Comme le sociologue Bernard Mottez l’affirme, « Nous ne sommes pas handicapés, c’est la société qui nous handicape ». La surdité est un handicap conditionné par l’environnement.

En effet, les difficultés de communication apparaissent uniquement entre un sourd et un
entendant. Un entendant vivant dans une famille de sourds sera considéré comme handicapé, tout comme une personne sourde vivant dans une famille entendante.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les Sourds rejettent, parfois violemment, les appareils auditifs et les implants cochléaires. Ils refusent de se soumettre au diktat des normes entendantes.

Être Sourd : accepter sa différence


Dans la rue et pendant les soirées, j’ai envie de parler avec des entendants. Mais je ne les comprends pas puisqu’ils parlent trop vite. Et quand je leur montre mes appareils et leur demande de mieux articuler, certaines personnes paniquent, prennent peur et décident de couper court à la discussion. C’est parfois assez agaçant.

La personne sourde ou malentendante peut développer une rancœur inutile vis-­à-­vis de la « normalité entendante » si sa surdité n’est pas acceptée.

Durant mon intégration, j’étais souvent en colère contre les entendants. Mais au fil du temps, j’ai pris du recul. Lors des soirées, j’ai appris à me contenter des bribes de discussions. Si je m’ennuie, il me suffit tout simplement de partir. Au fil du temps, j’ai appris à être optimiste. Il est dommage de se priver de la culture des entendants comme de celle des sourds.

De plus, il est humain d’avoir des réactions inhabituelles concernant les différences. Moi-même j’ai des préjugés et je ne sais pas toujours comment réagir vis-à-vis des autres handicaps… Mais j’ai compris que ce qui fait la différence, c’est la sensibilisation et la tolérance. J’essaie donc de ne pas m’énerver et d’expliquer ma différence aux gens.

L’identité en guerre contre la stigmatisation


Le corps médical pense très souvent améliorer la condition des sourds en supprimant leur déficience auditive avec les appareils auditifs et les implants cochléaires. Ils oublient la dimension sociale de la surdité, qui n’a rien à voir avec la cécité.

Un sourd devra toujours faire un effort pour communiquer. En suivant la logique entendante, on devrait toujours lutter, se concentrer pour suivre les discussions, alors que la langue des signes nous permet de tout suivre sans faire d’effort particulier pour nous « intégrer ».

Cette volonté d’intégrer les sourds à la société peut parfois tourner à l’obsession…

En 1880, des éducateurs ont décidé d’interdir l’éducation en langue des signes au profit de la langue orale. Or, apprendre la parole aux sourds peut être compliqué ; certains n’arrivent pas à associer le sens aux sons et aux mouvements de lèvres, et finissent par sombrer dans l’illettrisme. Bernard Mottez disait qu’« à force de s’obstiner contre les déficiences, on augmente souvent le handicap ».

Qui pourrait vouloir d’un monde « idéal » sans surdité et donc sans langue des signes ? Qui voudrait d’un monde où tout le monde se ressemble ? Aldous Huxley, atteint d’une forme de cécité, disait ainsi : « Raccomoder, c’est antisocial ».

L’Histoire nous l’a prouvé qu’on peut être différent ET faire avancer l’humanité :

   
Alexander Graham Bell a vécu dans un environnement de sourds.
   Vinton Cerf, considéré comme l’un des pères fondateurs de l’Internet, est sourd.
   Deux membres fondateurs de la Pléiade, Joachim du Bellay et Pierre de Ronsard, sont sourds.


Se pose alors une question fondamentale : doit-­on chercher à gommer cette différence au prix de l’intégration, ou tout simplement s’adapter ?

Grâce aux associations sourdes, la LSF (Langue des Signes Française) a repris son développement en France aux alentours des années 2000. Elle commence à rattraper son retard et à se normaliser sur l’ensemble du territoire.

Mes conclusions : la nécessité d’une société inclusive

Personnellement, je suis bilingue puisque je parle la langue des signes et le français oral. Chacun des deux mondes présente ses avantages et ses inconvénients.

Des critiques s’élèvent souvent à l’encontre de cette communauté sourde : on dit qu’il y a un ghetto sourd, que les sourds vivent dans leur propre bulle. Mais n’avons-nous pas le droit de vivre tranquillement ? Pourquoi ne pas nous rejoindre ? Et pourquoi diaboliser uniquement les sourds ?

Cependant, ces critiques ont un sens. Un équilibre entre ces deux mondes s’impose : il faut sensibiliser aussi bien les sourds que les entendants.

La langue des signes et la langue orale sont complémentaires : la première permet à la personne sourde de s’épanouir et la seconde permet de garder contact avec les entendants. Je sais que je n’aurais pas réussi mes études sans la langue des signes, ni sans la langue orale.

Grâce à ma soeur entendante, j’ai acquis un bon bagage oral, et la langue des signes m’a permis d’associer des signes aux sens puis les sens aux sons.

Il y a vraiment un problème dans le regard de la société sur ce handicap. Lorsqu’un enfant naît sourd dans une famille entendante, il y a une certaine fixation sur des solutions techniques au détriment de la dimension sociale. Je n’ai rien contre les appareillages, mais il ne faut pas en faire une obsession. Dans toute chose, un équilibre est nécessaire !

http://www.madmoizelle.com/ode-surdite-temoignage-251803


* * J’ai testé pour vous… être malentendante **
Pondu par Annelise le 12 août 2011



Annelise n’est pas QUE une chroniqueuse beauté de talent, elle a aussi ce petit truc bien à elle, qu’on ne devine pas au premier abord : elle est malentendante. Témoignage.

Publié initialement le 18 janvier 2011

Avoir un handicap, dans la vie de tous les jours, c’est déjà pas une partie de plaisir. Évidemment, l’auto-flagellation arrive à un moment donné et on rêve, ne serait-ce qu’une demi seconde dans toute sa vie, à demi-mots sous la couette, de savoir ce que c’est de n’avoir « rien ». Mais avoir un handicap invisible pour les autres, c’est encore plus étrange aux yeux du peuple. Moi, je suis malentendante, et ça ne se voit pas.

Malentendante, c’est le mot qu’on donne aux sourds pour faire dans le politiquement correct, mais c’est aussi le mot pour définir quelqu’un qui entend, mais qui a un petit défaut qui fait que parfois, c’est pas clair. En gros, être malentendant, c’est un peu comme entendre tout « moins fort », ou essayer de comprendre le monsieur qui parle comme s’il y avait 30 mètres, plus un défilé de raton laveurs manifestants, et des cornes de brume entre vous. Concrètement, qu’est ce que ça implique ? Qu’on entend des choses, mais qu’on ne les comprend pas toujours. Lire sur les lèvres, par exemple, est un bon complément pour comprendre la personne, tout comme se concentrer au maximum, mettre le télétexte devant les Simpsons ou mettre des appareils auditifs.

Pour ma part, je suis née comme ça. Diagnostiquée tôt par une mère malentendante elle aussi, j’ai eu la chance de rentrer dans le monde des… oh mon dieu… des SOURDS.

Miro > sourdingue

Dans le système français, il est mieux vu d’être myope que malentendant. Un gamin myope, on le colle devant un panneau avec des lettres, on fait « Hum, ah oui humm je vois » et quelques jours plus tard, selon le bon vouloir de l’opticien et l’optimisation maximum d’une monture pour gosse, c’est la renaissance. Un gamin malentendant ou sourd, on essaye de voir une chose : s’il est pas un peu triso aussi, au cas où.

Première étape dans le long chemin de la victimisation populaire : le test de capacités intellectuelles. A l’aide de cartes numérotées et questions un peu fallacieuses du type « Elle s’appelle comment ta maîtresse ? » (étais-je assez teubé pour ne pas savoir qui me faisait cours ?), en quelques heures ton sort est plié :
tu entends mal, mais AVEC DE LA CHANCE, tu as un cerveau intact qui peut être exploité. C’est toujours ça de pris, à 5 ans.

C’est donc avec un cerveau exploitable mais un peu inquiétant tout de même que j’ai affronté la vie, le système scolaire, les amours et pire : le peuple.

Comment faire des études quand on entend mal ce que les profs racontent ?

[rightquote]
Il est de bon ton d’être handicapé dans un fauteuil pour s’attirer un minimum de compassion par le corps professoral.[/rightquote]Plein de bonne volonté, l’élève malentendant fait alors preuve d’un acte impie : il prévient le professeur de son handicap. Mais si, tu sais, là en bas de la feuille qu’on remplit en début d’année pour dire si papa est ouvrier ou responsable logistique, dans la case « remarques ». Neuf fois sur dix, cette remarque appelle un « Tu viendras me voir à la fin de l’heure », entraînant un « Comment ça tu n’entends pas ? C’est signalé dans le dossier scolaire ça ? ». Ayé, les fauves sont lâchés : ça ne se voit pas, donc forcément, ça n’existe pas. Il est de bon ton d’être handicapé dans un fauteuil pour s’attirer un minimum de compassion par le corps professoral. Chez les malentendants et les sourds : niet. Pas de canne, pas de roulettes, pas de membres en moins ! C’est l’arnaque. A peine, pour ceux qui peuvent, un petit boitier en plastique qui dépasse de l’oreille. Aucune peinture de guerre pour nous reconnaître, et ça, ça la fout mal devant l’individu normal. Il pourrait nous confondre avec un des siens. Outre les questions désobligeantes, comme « Explique-moi ce que tu as » (arf, t’as un schéma de l’oreille là ? J’te préviens c’est complexe), on a aussi cette stigmatisation involontaire à base de « Comme votre camarade a un PROBLÈME, elle sera désormais au premier rang ». Problème. Tout est dit.

Comment s’adapter au milieu urbain ?

Maintenant que tu sais que tu as un problème, reste à le confronter aux autres. Il faut avoir le cran de dire, parfois « Désolée, je n’entends pas », et là la mine patibulaire de l’homme lambda se met en place :
sourcil relevé, bouche interrogative… et si j’avais une débile, en face de moi ? Le sourd, il faut bien le dire, est forcément un débile profond, puisqu’il n’est pas capable de communiquer relativement normalement avec son entourage.

Preuve en est, on se moque toujours du bon vieux professeur Tournesol qui saoule tout le monde avec ses « Commeeeennnt ? ». Mieux, le sourd, dans sa débilité, produit quotidiennement des misheard lyrics sur tout et n’importe quoi, ou répond « oui » à n’importe quelle question car il ne veut pas déranger son interlocuteur en lui demandant de répéter.

C’est ainsi qu’à force de réponses inadaptées à des questions simples (« Tu finis à quelle heure ? » « -oui »), d’années passées à croire que la chanson All by myself disait « Au bal masqué » et de grands silences lors des conversations que le sourd-malentendant peut essayer de soigner son problème.
Mettre des appareils, quoi.

Alors comment ça va Robocop ?

[rightquote]Les appareils, c’est un peu le complot intersidéral pour te faire comprendre que t’en chies.[/rightquote]Il existe bien des modèles fashion pour des lunettes, et tout le monde est d’accord pour dire que Woody Allen après un passage aux lentilles de contact, ce serait plus ça. Les appareils auditifs,
c’est un peu le complot intersidéral pour te faire comprendre que t’en chies. Pour certains malentendants, ils sont très pratiques. Pour d’autres, et j’en ai fais partie, c’est la croix et la bannière dans ce monde obscur.

En clair : c’est comme entendre le monde à travers un transistor. C’est métallique, parfois ça grésille, et c’est bête, mais ça peut foutre les boules, quand t’entends pour la première fois le tic-toc de l’horloge de la salle de bains ou le mouton du champ de derrière. Couplé à ces engins, de belles lunettes sur le bout de mon nez :
c’est bon, je cumule assez d’indices pour qu’on comprenne que j’ai été finie au pipi. Sans regrets, j’ai abandonné mes appareils. Vivre dans un monde d’ouvrier en métallurgie, ça n’était pas pour moi. Avoir des regards inquisiteurs sur le pourquoi j’ai des molettes derrière les oreilles, non plus.

Et sinon, ça va là, TU ME COMPRENDS BIENG ?

Être malentendant, finalement, c’est pouvoir faire ressortir ce côté humaniste en chacun de nous. C’est, par exemple, permettre aux autres de donner le meilleur d’eux même pour articuler
« ANNEUHLISEUH COMMENT TU VAS AUJOUREUHDHUI ? », de permettre à certain de prouver leur connerie « Mais, tu réponds au téléphone ? Tu fais comment ? J’croyais que t’étais sourde ! » (non, malentendante, connard), mais aussi d’apprendre de nouvelles langues, comme la langue des signes adaptée au peuple hagard « Je te fais un signe de balai, toi tu me fais un pouce, on se comprend, c’est ok ? » (dixit mon manager du McDo, qui a tout compris à la LSF). C’est aussi se taper des heures de rigolade avec d’autres malentendants sur des anecdotes de chansons incomprises. C’est aussi parfois avoir des coups de blues quand on est incapable de suivre une conversation normale. C’est des envies de meurtre quand une fille vous dit que vous inventez tout ça, puisque vous entendez les ronflements la nuit. Mais au final, c’est aussi une sacrée leçon. J’entends peut-être pas, mais je peux très bien te répondre en articulant bien fort

Angélique, 25ans, est malentendante depuis la naissance. Un handicap qui peut la bloquer dans ses recherches d’emploi.



« Je préfère vous prévenir, je suis malentendante. » Une phrase qu’Angélique répète inlassablement. Son moral est d’acier, sa volonté de fer, son audition défaillante depuis la naissance. À 25 ans, la jeune femme – et maman d’un petit Aaron – aspire à trouver un travail. Pas si simple, hélas, quand on est sourd…

Elle réajuste une mèche brune derrière l’oreille, laissant apparaître un appareil discret qui ne la quitte jamais. « Quand je ne l’ai pas, je suis stressée, j’ai mal à la tête », sourit Angélique. Sans, elle ne distingue que les sons graves. « Les sifflements me font mal, par exemple. »

Une surdité apparemment « héritée » d’un arrière-arrière-arrière grand-parent. « Ça peut sauter plusieurs générations. C’est ma mère qui s’est aperçue du problème, lorsqu’elle m’appelait dans les parcs, et que je courais sans répondre. » Un problème au niveau « des pianos de l’oreille » la contraint à porter des appareils dès l’âge de trois ans. Une opération ? Impossible. Ses parents, soucieux d’encourager leur fille à acquérir une parfaite autonomie, lui font suivre une scolarité au milieu de gamins entendants. Elle apprend la langue des signes dès la maternelle. Sait lire sur les lèvres, aussi.

Et reconnaît avoir une bonne mémoire, doublée d’une vision excellente. Angélique décroche son permis de conduire à 18 ans. « Je peux conduire avec ou sans appareil, mais une personne malentendante est obligée de regarder les trois rétros » à chaque manœuvre, voire de se retourner, dans certaines situations. Un CAP de coiffure en poche, elle tente le brevet professionnel, qu’elle rate à un petit point et demi. Pas question de renoncer. La jeune femme se tourne alors vers le monitorat en auto-école. « Je voulais aider les personnes malentendantes à apprendre à conduire. » Seulement là, elle « sent direct » que son handicap gêne l’employeur. « Parfois, la surdité bloque le patron et je ne peux pas aller plus loin. C’est dommage, je ne comprends pas pourquoi certains ont peur des personnes handicapées. »

Oui, pour Angélique, comprendre certains termes peut s’avérer compliqué. « Ophtalmologie, neurologie, plaisante-t-elle. Mon homme se moque parfois gentiment de moi parce que je mélange des mots. » C’est que la langue des signes n’est pas aussi fournie que le français parlé. « Mais pour la majorité des gens, je suis normale ! » Le handicap n’a pas fait hésiter son compagnon, qui partage sa vie depuis six ans. Ensemble, ils ont eu un petit garçon. Entendant. « Quand il sera plus grand, je lui expliquerai que ses enfants ou petits-enfants pourront avoir le même problème que moi. » Pour l’instant, elle lui apprend la langue des signes. « Un jeu », pour Aaron.

Elle refuse de se laisser abattre – « il n’y a pas de honte à montrer son handicap, on vit, comme tout le monde » – et aspire à trouver un travail, même si des ressources financières insuffisantes lui barrent l’accès à certaines formations payantes. Un parcours semé d’embûches. Elle veut « garder les bras levés ». Combative, Angélique.



Une permanence mensuelle pour sourds et malentendants à la mairie de Maubeuge

Avant, l’organisme Sourdmédia – qui accompagne les personnes sourdes ou malentendantes dans leurs démarches administratives, entre autres – devait se déplacer chez l’habitant. Mais ça, c’était avant que la mairie de Maubeuge ne mette à disposition un local dédié, tous les premiers mercredis du mois. Ce jour-là, pour la première permanence, Angélique (lire ci-dessus) est venue rencontrer Nathalie Delescluse, spécialisée dans le service d’accompagnement à la vie sociale, pour qu’elle l’aide à remplir un dossier MDPH (Maison départementale des personnes handicapées). « Je ne suis pas très forte en français. Et pour ce genre de papiers, je ne comprends pas. »

« Habitués à avoir

des murs devant eux »

« Les sourds sont habitués à avoir des murs devant eux, précise Nathalie, et que les gens ne les comprennent pas. Ils ne vont pas forcément poser de questions, pour ne pas passer pour des idiots. Avec nous, ils ne sont pas gênés, on est dans le monde des sourds. » Le but, les accompagner dans la vie quotidienne, administrative, les renseigner sur leurs droits…

Les explications apportées aux personnes qui se rendent à la permanence peuvent être simplifiées, oui. Jamais réduites. « On fait avec elles, on ne fait pas à la place de, martèle Nathalie. On veut qu’elles soient actrices de leur vie et deviennent au maximum autonomes. » Angélique acquiesce. « Le fait qu’il y ait une permanence à Maubeuge va faciliter les choses. »

D’autant que la demande est là, aux dires de Sourdmédia. « Nous sommes les seuls au nord de la France et nous suivons beaucoup de dossiers dans l’Avesnois. » Cette permanence, un premier dispositif qui en annonce d’autres, d’après Marie-Charles Laly, adjointe au maire. Elle évoque des boucles auditives à l’église Saint-Pierre – Saint-Paul, des équipements à la salle Sthrau, à la maison Folie pour 2015. Et pourquoi pas, à terme, à la Luna, au Manège… « Dans tous les bâtiments qui reçoivent du public. »

Permanence pour personnes sourdes et malentendantes avec Sourdmédia, chaque premier mercredi du mois, de 13 h 30 à 17 h 30, à l’hôtel de ville de Maubeuge. Pour plus d’infos, contacter Sourdmédia au 03 20 17 16 10.

Source : http://www.lavoixdunord.fr © 9 Novembre 2014


Véronique Poulain "Les mots qu'on ne me dit pas"
On n'est pas couché 30 août 2014

Equipe USM67 félicite à notre Sourd
Yann CANTIN qui a réussi son Doctorat " Histoire des Sourds "
grace à utiliser la LSF et Communauté des Sourds

Switched At Birth – La télévision s’ouvre à la culture des sourds

Il est préférable d'être à jour pour lire cette note

par Marie Davies

Certaines séries participent, plus ou moins consciemment, à l’enrichissement du téléspectateur en lui faisant découvrir une culture qui n’est ni la sienne, ni la culture dominante (autrement dit, celle qui est la plus représentée à la télévision). On apprécie ainsi de quitter New York et Los Angeles pour rejoindre les jeunes Texans de Friday Night Lights, qui grandissent entre leurs deux religions que sont le christianisme et le football.

On abandonne volontiers le décor convenu du lycée pour celui des Bracelets rouges espagnols ("Polseres Vermelles" en VO), condamnés à vivre les grands moments de leur adolescence à l’hôpital. On prend plaisir à découvrir les aborigènes australiens d’aujourd’hui, pour la première fois racontés en série dans Redfern Now. C’est à cette ouverture sur le monde que participe Switched At Birth, en nous immergeant dans la culture sourde, jusqu’ici pour le moins absente du petit écran.

Switched At Birth raconte l’histoire de deux jeunes filles, Bay et Daphne, échangées à leur naissance, et insiste beaucoup sur tout ce qui oppose les deux familles, donnant évidemment lieu à de multiples conflits. Les différences entre les Kennish et les Vasquez sont nombreuses.

Tout d’abord, une opposition classique entre les plus fortunés et les autres, thème très apprécié des teen shows américains, avec pour exemple parmi d’autres, Newport Beach, qui voit un jeune délinquant se faire adopter par une famille riche de l’Orange County.

Une seconde opposition est marquée par la structure familiale, la même que l’on retrouve dans Les Frères Scott, dont l’un a grandi auprès de sa mère célibataire, alors que les parents de l’autre forment toujours un couple uni. Enfin, pour n’oublier aucun cliché, la mère célibataire fauchée est issue de l’immigration, et le riche couple WASP vote républicain. Jusqu’ici, tout y est, nous sommes bien dans une teen série à l’américaine.

Mais autre chose différencie les deux familles de Switched At Birth, quelque chose qui influe de manière prépondérante sur la culture et la vie quotidienne des personnages. Les conflits engendrés par les différences culturelles sont plus rarement traités et pourtant nettement plus profonds.

Ainsi, la série allemande Türkisch für Anfänger (littéralement "Turc pour débutants") tente l’expérience en faisant cohabiter, au sein d’une famille recomposée, des Allemands d’origine turque et d’autres pour lesquels il est interdit d’interdire. Et c’est bien sur ce créneau que Switched At Birth s’avère le plus intéressant, à travers la représentation de la culture et de l’identité sourde face à celle des entendants.

Des scènes sans paroles

La série offre des scènes entières non parlées, durant lesquelles on n’a d’autre choix que de lire le sous-titrage, à moins de maîtriser la langue des signes américaine. Pari osé, d’autant plus quand on connaît l’aversion des Américains pour les sous-titres. Une immersion dans ce monde du silence qui se fait petit à petit et est notamment marquée par le choix des personnages secondaires.

Lors des tout premiers épisodes de la série, Daphne reste le seul personnage sourd de premier plan. Or, Daphne, jouée par une actrice atteinte de la maladie de Ménière mais entendante, parle très bien malgré un léger accent. Emmett, que l’on n’entend en revanche jamais, passe peu à peu du rôle de meilleur ami de Daphne à petit copain de Bay, d’où une plus grande présence à l’écran.

La mère d’Emmett, Melody, jouée par l’actrice oscarisée Marlee Matlin, très célèbre dans la communauté sourde, prend elle aussi de l’importance au fur et à mesure qu’avance la série.

Une nouvelle étape est franchie avec la saison 2, au début de laquelle Bay décide de rejoindre le lycée Carlton, où sont scolarisés Daphne, Emmett et d’autres jeunes sourds. Des personnages secondaires entendants comme Wilke ou Simone disparaissent, et d’autres, sourds, notamment Travis, prennent le relai. Tous les dialogues à l’école sont en langue des signes, même s’ils ont lieu entre entendants, ces derniers devenant les exclus, ceux qui ne sont pas à leur place.

Cette immersion trouve son apogée avec le neuvième épisode de la deuxième saison. On avait connu des épisodes entièrement chantés, de Buffy Contre Les Vampires à Grey’s Anatomy, Switched At Birth fait plus original encore, et surtout bien plus risqué, avec un épisode entièrement réalisé en langue des signes.

Autrement dit, aucune parole pendant près de 40 minutes, un évènement à la télévision. Un épisode engagé, qui reprend à son compte le combat des étudiants de l’université américaine Gallaudet, seule université au monde spécialement destinée aux étudiants sourds et malentendants, et qui a pourtant dû attendre la rébellion étudiante de 1988 pour avoir un directeur sourd. Les héros de Switched At Birth se révoltent quant à eux pour éviter que le lycée Carlton ne ferme ses portes.

De manière contradictoire, le silence nous contraint à la fois à détacher le regard de l’image pour lire les sous-titres, et à nous concentrer sur les expressions de visage des protagonistes pour mieux comprendre ce qu’ils ressentent. Transmettre la colère, la tristesse, la surprise ou l’excitation de son personnage sera plus difficile pour un acteur s’il ne peut pas jouer sur les intonations de sa voix. Or, des acteurs comme Sean Berdy et Ryan Lane ne peuvent compter sur d’autres artifices que leurs mains, leur visage et leur regard.

Il est d’ailleurs intéressant de signaler les différentes formes artistiques à travers lesquels s’expriment constamment chacun des protagonistes : Bay par le street art, Emmett par la photographie, Toby par la musique, Kathryn par l’écriture. L’art est ici vu comme autant de moyens d’expression pouvant remplacer la parole.

Deux mondes qui ne se comprennent pas

Des liens très forts qui unissent les sourds du monde entier aux références culturelles qui leur sont propres, notamment en matière de films d’horreur, en passant par leur ressentiment envers les entendants qui les ont trop longtemps opprimés, Switched At Birth évoque assez largement les traits particuliers de la communauté sourde. Elle met aussi en avant l’incompréhension entre le monde des sourds et celui des entendants, et les tensions qui en découlent.

La série met les entendants face à leurs préjugés. Oui, les sourds peuvent travailler dans une cuisine de restaurant. Oui, les sourds peuvent conduire une moto en toute sécurité. Oui, les sourds peuvent apprécier et même jouer de la musique. Oui, les sourds peuvent et veulent se débrouiller seuls.

Switched At Birth nous rappelle que trop de familles ne font pas l’effort d’apprendre la langue des signes et considèrent l’implant cochléaire comme la solution à tous les maux. John Kennish lui-même accepte difficilement la surdité de sa fille biologique et est dans un premier temps peu enclin à signer (c’est-à-dire à communiquer par le langage des signes).

Cependant, les sourds ne sont pas en reste en matière de préjugés et de manque d’ouverture d’esprit. Ainsi, au début de la série, Emmett reproche à Daphne de ne s’intéresser qu’aux garçons entendants, et quand il tombe amoureux de Bay, sa mère fait tout pour éviter que leur relation ne devienne plus sérieuse.

Lors de la saison 2, Travis, comme beaucoup d’autres lycéens de Carlton, se bat pour que son lycée soit réservé aux sourds et n’accueille aucun élève entendant, quand bien même seraient-ils atteints de maladies dégénératives et donc amenés à devenir sourd.

Le téléspectateur entendant peut être surpris par certains discours, notamment lorsque Melody demande à ses élèves qui, parmi eux, préférerait entendre, et qu’aucun ne se manifeste. Mais tâchons d’appliquer la situation de ces lycéens à celle d’un entendant : qui parmi vous préférerait avoir le mandarin comme langue maternelle plutôt que le français ? Personne ? Il y a pourtant de nombreux avantages à maîtriser cette langue, parlée par près d’un cinquième de la population mondiale.

La raison pour laquelle nous ne sommes pas tentés est double : tout d’abord, cela impliquerait de renoncer à une partie de notre identité et à notre place au sein de notre communauté, ensuite, il est difficile de ressentir le besoin de quelque chose sans lequel on vit depuis toujours. D’ailleurs, le père d’Emmett n’envisage pas de se faire poser des implants auditifs avant de rencontrer sa nouvelle compagne entendante, et Travis ne regrette de ne pas mieux parler que lorsqu’il se met à la recherche d’un emploi.

Au final, Switched At Birth, en tant que série familiale, a le mérite de nous ouvrir les portes d’un monde méconnu, bien que présent partout sur le globe et souvent à quelques pas de nous. Une initiative unique qu’on ne peut qu’applaudir et encourager, en attendant la diffusion du cinquante-deuxième épisode sur ABC Family.

Bien que 6ter ait annoncé en décembre dernier la diffusion prochaine de ce qui sera alors intitulé Switched, la série n’a toujours pas été présentée en France, ni dans aucun autre territoire francophone. Concernant la VO en revanche, la saison 3 devrait apparaître sur les écrans américains dès le mois de janvier. Au rythme de dix épisodes chaque été et dix autres chaque hiver.

http://seriestv.blog.lemonde.fr/2013/11/12/switched-at-birth-la-television-souvre-a-la-culture-des-sourds/

 
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